"La bite des noirs est responsable de la famine en Afrique"

Publié le par JF

Dans un entretien au quotidien Var-Matin du 2 décembre 2006 relayée par le quotidien France Soir Pascal Sevran persiste et signe. Interrogé, l'animateur répond: "Et alors? C'est la vérité! L'Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète!".

De nombreuses associations et citoyens révoltés par ces propos racistes et eugénistes exigent que l'animateur soit interdit d'antenne sur France 2. L’on peut d’ailleurs écrire en ce sens à Patrick de Carolis, président de France Télévisions.

Ami de l'ancien président socialiste François Mitterrand, Pascal Sevran est aujourd'hui proche du président de l'UMP Nicolas Sarkozy.

Quels sont les mécanismes réels qui font que l’Afrique crève de faim et qui n’ont rien à voir avec « la bite des noirs » comme le dit si élégamment cet abruti.

Depuis la moitié des années 1980, les Nations très endettées ont vu leur dette ré-échelonnée. Le paiement du principal est renvoyé à des jours meilleurs. En attendant elles doivent payer le service de la dette (les intérêts) qui tournent, en moyenne, aux alentours de 20%, bien au delà du taux d’usure pratiqué à l’intérieur de la Communauté européenne, (8,15%  en juin 2002!).

Il est à noter qu’il n’existe pas de taux d’usure au niveau international ! Or un taux de 20% représente un coût énorme, doublant la dette tous les 5 ans ! Ce sont ainsi des sommes considérables qui ont déjà été versées par les pays pauvres sans que le principal de leur dette soit diminuée le moins du monde.

Donc « Le service de la dette est ainsi, d’une manière générale, à peine inférieur à la valeur des exportations en biens et services, si nous prenons la moyenne de ces pays ». Ce qui veut dire que le « salaire » de ces Nations, à savoir le montant de leurs exportations, est quasi intégralement consacré à rembourser les intérêts de la dette !

Le phénomène capital, menant à cette situation inique, est le résultat de la dislocation des Accords de Bretton Woods, en 1944, qui devaient, à l’origine, permettre de redistribuer une grande partie des réserves en or amassées par les États-Unis pendant et entre les deux guerres mondiales. Cette redistribution, achevée (en 1971), ne sera hélas, suivie d’aucun retour à l’ancien système de l’étalon or, ni ne sera fondé aucun nouvel ordre monétaire, ne portant la marque exclusive d’un impérialisme particulier.

Le 15 août 1971 les Accords de Washington confirmèrent la suppression de la garantie or du dollar et octroyèrent donc aux USA l’opportunité d’être le seul pays au monde à ne pas avoir besoin de réserves pour garantir leur monnaie. Autrement dit, les Etats-Unis ont, depuis cette date, « le droit et le privilège exorbitant d’émettre la monnaie internationale, et de pouvoir, par là même, acheter les biens du Monde avec du simple papier »

Il faut aussi savoir que les États du Sud, souvent dirigés par des despotes, à la botte de leurs maîtres du Nord, confondant leurs fonds propres avec les biens publics, ont rarement utilisés les prêts consentis pour développer les forces productives de leurs pays. Ainsi les sommes empruntées ont fréquemment abouti dans les coffres des paradis fiscaux, tels la Suisse et ses fameux comptes secrets, au profit exclusif des tyrans et de leurs familles.

Pour achever les pays endettés il ne manquait plus que les experts du FMI, qui, par le plan Brady du 10 mars 1989, proposèrent l’échange de la dette contre l’acquisition des entreprises nationalisées de ces États (compagnies pétrolières, eau, gaz, électricité, mines etc.).

Les grandes compagnies internationales, après socialisation des dettes, c’est-à-dire après avoir fait payer aux peuples des pays sur endettés les pertes de ces entreprises, les achetèrent donc, avec de la monnaie de singe, faisant ainsi des affaires en or, relevant davantage du brigandage que du commerce international!

Il ne restait plus au FMI qu’à imposer la hausse des taux d’intérêts pour, soi-disant, attirer les capitaux flottants dans ces pays et ainsi « relancer » l’économie. Le crédit devint si cher que la contraction des investissements et du volume des affaires furent désastreux.

On peut donc constater les difficultés extrêmes à honorer leur dette, sans même parler du remboursement du principal, de la part tous ces pays en voie de paupérisation. Cela conduit des millions d’individus à connaître des conditions de vie effroyables.

Les USA, quand à eux, peuvent se permettre, sans dommages, un déficit 1,5 milliard de dollars par jour! Autrement dit, faire payer leur dette par les autres grâce à la faculté qu’ils ont, et eux seuls, d’émettre la monnaie internationale

Je pense que l’on peut affirmer que la médecine homéopathique ne viendra pas à bout de cette conjoncture catastrophique. Ainsi affirmer que les cours mondiaux des produits et matières premières sont trop bas, sous-évalués, en Occident, par les « tenants de l’économie marchande », masque les mécanismes économiques illégitimes, causes de la mort de populations entières. C’est-à-dire :

1. L’hégémonie du dollar comme monnaie d’échange et de réserve à l’échelon international. (donc l’impérieuse nécessité de changer d’ordre monétaire international).

2. Le bradage des entreprises des pays endettés pour, soi-disant, diminuer la dette

3. La hausse des taux d’intérêt (pour, soi-disant attirer les capitaux flottants) imposée par le FMI, réforme qui renchérit le crédit, donc provoque la crispation d’économies déjà agonisantes.

Rien à voir donc avec les âneries du richissime spécialiste des petites ritournelles à la con sur France2.

Publié dans Économie

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frakass 23/01/2007 14:59

super interréssant cet article ce qui est dommage, c'est que peu de personnes soient amenées à lire de tels exposés que ce soit celui là ou un autre qu'aucune émission du service public ne se soit obligée par obligation de réparation de tels propos à diffuser un reportage traitant du développement de la famine en afrique et plus largement dans les pays en développement qui se développent depuis si longtemps et qui vont mettre encore un sacré bout de temps à se développer... Encore une fois une affaire scandaleuse étouffée et un sevran qu'on imagine fort bien tenir de tels propos étalant son foie gras sur un coin de toast. Le plus fort c'est le nombre de personnalités qui ont salué son bouquin ou il tiens des propos similaires tels sarkosy chez drucker et qui disent maintenant que le scandale à éclaté n'avoir pas tout lu. Peut être que ce jour ou il a ouvert le bouquin de sevran sarko avait encore une de ses fameuses migraines et du reste pour le coup on le comprendrai!

JF 03/03/2007 22:42

Les pays pauvres crèvent de misère. Eux sauront rappeler à la petite bulle constituée des pays riches qu'ils existent. Et alors le vacarme s'entendra dans la plus reculée de toutes les chaumières....