Dimanche 25 février 2007
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Dans son numéro 513, du 17 février, l'hebdomadaire Marianne se fait, sans le dire, l'avocat des préceptes guerriers anti-chômeurs de l'Ocde en vitupérant contre le Rmi, les allocations diverses et les aides sociales de toutes sortes qui constitueraient, selon nos journalistes « libres », des « niches à inactivité ».
Ce dossier de 10 pages intitulé « Les pièges de l'assistanat » affirme en en-tête :
« Le système d'aides français enferme au lieu de favoriser l'insertion. Certains allocataires peuvent même se retrouver dans une meilleure situation que des travailleurs pauvres. Enquête sur ces aberrations ».
Plutôt que de dénoncer le niveau scandaleusement bas des salaires en France et un Smic qui ne permet qu'à peine la survie, nos valeureux journalistes concluent:
« Le RMiste est un coupable facile à désigner, alors que le vrai responsable est le RMI lui-même. Imaginez un seul instant la force de caractère qu'il faut pour reprendre un emploi quand on sait qu'on va y perdre sur tous les tableaux... ».
Après avoir rappelé que Nicolas Sarkozy tout comme Ségolène Royal « assurent que, désormais, ces aides seront accordées en contrepartie d'une activité », ce qui devrait inquiéter le monde du travail, se dirigeant à vitesse grand V vers la précarité pour tous, l'hebdomadaire nous présente quelques pièces d'anthologie:
« Oubliée la solidarité nationale, les travailleurs de notre pays qui devaient se donner la main dénoncent " l'assistanat; éructent contre les Rmistes qui refusent de travailler, profitent de tout, surtout du système" râlent contre "les gens qui touchent des aides et bossent au noir" ».
Avec un système social si protecteur Marianne aurait mieux fait de se demander comment se fait-il qu'il y ait chaque jour davantage de SDF en France.
Après un encadré sur les aides sociales à Paris « Paris le généreux », on trouve quelques lignes sulfureuses de Rodolphe Clauteaux, fondateur du journal des sans-abris et qui ne l'est sûrement pas lui-meme, l'Itinérant:
« Mon journal est hebdomadaire, mais on n'en vend réellement que trois numéros par mois. Parce que mes types, la semaine où ils touchent le RMI, ils ne vendent pas le journal. Ils ne dessoûlent pas ».Même la CMU n'est pas épargnée dans ce dossier, qualifiée de bonne idée parfois détournée...
Bref la thèse, plus que discutable, de Marianne c'est « Même si le travail au Smic est plus payant que le RMI, il est parfois difficile de convaincre un allocataire de trimer 35 heures par semaine, de se lever aux aurores pour aller pointer au turbin, pour seulement 10 euros de plus par jour ».
Tout ce discours, encore feutré, mais qui gagnera en puissance après les élections rejoint complètement les thèses de l'OCDE, qui fonctionne avec l'argent des contribuables, visant à mettre à genoux les travailleurs en commençant par les plus faibles et les moins organisés, les chômeurs privés d'emploi.
Les médias à la botte, rejoints ici par Marianne, sont l'un des vecteurs de cette offensive à laquelle participent les politiques et tout ce que la France comporte d'économistes "responsables".
Donc pour tout ce beau linge, que pour ma part je considère être une bande de salauds que les allocations et aides diverses ne concernent que de loin, le niveau de protection sociale est beaucoup trop élevé... même si le RMI a perdu 25% de sa valeur par rapport au Smic depuis 1990.
En réalité, le coût du travail n'a cessé de baisser depuis 25 ans et il est urgent et nécessaire d'augmenter les salaires et les minima sociaux.
Dans une période où il n'y a pas de travail pour tous, qu'au moins on ait la décence de foutre la paix à ceux qui chôment, surtout lorsque l'on bosse soi-même avec une bonne paye!
Culpabiliser les chômeurs est dégueulasse alors que, comme le rappelle Le Monde Diplomatique de décembre 2006, dans son article « Guerre aux chômeurs » beaucoup de salariés travaillent alors qu'en roue libre et vivant des aides sociales, leur situation ne serait pas pire (je n'ai pas écrit meilleure!).
Si cette théorie des aides sociales « trappe à inactivité » était juste «... il y aurait actuellement en France, non pas 2 millions de chômeurs officiels, mais 7 millions de chômeurs volontaires! »
JF
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